Le coton et la vie
Die Baumwolle und das Leben Deutsch
Cotton and life English
“Notre vie commence par le coton et elle finit par le coton.” C’est ainsi que Kefa Diarra, cotonculteur de Fana, introduit le débat sur les enjeux de la privatisation des sociétés cotonnières en Afrique. Un préambule qui en dit long sur cette culture millénaire dont la production a commencé voilà quelques centaines d’années... à Fana.

La filière coton est en crise. Depuis 1998, les cours mondiaux, fixés par les pays du Nord, ne cessent de chuter, entraînant un appauvrissement croissant des producteurs de coton d’Afrique de l’Ouest. Au Mali, où le coton représente 45% des exportations, cette situation menace directement la vie de plus de 3 millions de personnes. Selon Mamadou Goïta, de l’association Acord, une étude réalisée par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a démontré que le ralentissement de l’activité cotonnière a entraîné une baisse de 1,6% de la consommation des ménages.
Les pays du Nord et leurs bras armés, la Banque mondiale et le FMI, sont les premiers incriminés. « En 2004, un producteur de coton touchait une aide de 210 Fcfa par kilo de coton, continue Kefa Diarra. La Banque mondiale a trouvé que c’était trop. Elle a menacé le gouvernement de lui couper tous ses financements s’il ne baissait pas le prix. En 2005, le gouvernement malien a cédé et les cotonculteurs ne toucheront plus que 160 Fcfa par kilo de coton. »
« Quand un pays africain veut se protéger, on l’accuse de protectionnisme, rappelle avec ironie Victor Nzuzi, paysan venu de la République démocratique du Congo (RDC). Par contre, quand les Etats-Unis et l’Union européenne maintiennent des subventions à leurs cotonculteurs pour les protéger de la Chine, ça ne pose de problème à personne ».
Aujourd’hui, après avoir imposé la privatisation de la filière coton au Bénin, au Burkina-Faso, en Côte d’Ivoire et au Ghana, la Banque mondiale fait pression sur le gouvernement malien pour qu’il privatise à son tour la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT). Un scandale qui soulève les plus vives protestations des paysannes et des paysans qui participent au Forum des Peuples. « Nous connaissons très bien les dégâts causés par la privatisation au Bénin et en Côte d’Ivoire. Nous nous sommes renseignés », rappelle Mèmè Diallo du Syndicat de valorisation de l’agriculture cotonnière (Syvac, Nièna). La CMDT a certes été très critiquée ces dernières années, mais elle a eu aussi un impact très positif sur le développement des zones où elle était implantée (alphabétisation, amélioration de la situation des femmes, etc.). Et les cotonculteurs ne l’oublient pas.
« Non à la privatisation ! Trop, c’est trop ! », s’enflamme Emilie Akhcha du Comité pour l’autopromotion du développement durable, (CADD, Bénin), venue soutenir ses amis maliens dans leur combat. Un cri du coeur qui résume bien la détemination des participants au Forum des Peuples.
David Eloy, CRID - Altermondes
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